LE TOTEM DES MOTS MORTS
aspire la matrie
où l'ombre tire le mors du crâne
et cabre le corps au nectar de la langue sur sa croix de glace
où se cloue le cordon du non-né
qui pèse
lèche
baise
et crève dans l'écrasement du trou de vie
ce baiser de la doublure
communion et vomissement
scission de la vie et de la mort
où languent l'une l'autre à l'étau de l'écrasement des nerfs
- car c'est la terre noire qui remue la langue blanche des morts ...
et cambre les douleurs sur la poutre gluante
et fourage les fibres
et s'encage entre sac et ka
et s'enrage entre rats et sas
et démoulement de l'espace dans le vide retourné de son trou noir
dépaquetage des nœuds de chairs
- et claquage de la langue qui traîne ses morts ....
caquet de carne
clapet de nerfs
qui désencrent le signe de sa mise en sang
et désentraillement des orages au bord des mots morts
- car pour déboucher la gueule, il faut chier la langue des morts ...
comme une carne montée dans ses pans qui tourne la roue de foudre
de l'éclatement du néant de la naissance du langage
et la résurrection du sang des corps
bande ses nœuds de béances
comme des fentes d'ombres d'où s'échappent les morts
- car c'est l'exode des morts au nord du monde ... là où les blancs dévorent la matière noire ... là où les blancs se gavent à la source même du néant ... et sucent notre lumière noire tombée de l'origine de ce monde ...
et l'archaïque bouche de la plaie
à l'engloutissement de son miroir
amas de masques
faces d'ombres
totem retourné dans l'étranglement de son double qui rebouche le
trou noir où se désagrègent les signes
et raclements où traîne un corps
ce dégorgement de l'innéité de l'envers
ce durcissement de la langue où se vitrifient les écrasements de la matière
à la croix de sang des douleurs
sur le drap blanc des morts
le démoulage des creux étrangle les ombres qui se cardent en cordons de
nerfs excavés de la matière
comme une poussée dans l'écho de la croix
comme une crémation à même le repos des morts
et ressacs des bas fonds aux échos de terre où se déchire la fente centrale
- là où l'ombre ouvre l'œil dans son manchon de carne ....
et un noyau de sang sur le signe de cette croix
où le corps monté aspire sa plaie
et déplie l'arbre de glace entre le vide et le chaos de la douleur
- car le chaos n'est que la logique des morts ...
- cette succion de l'éternité ...
et là le ka ronge l'os au bord de la langue
José Galdo©
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